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Le monde à l’endroit

Un film de : Sylvie Meyer

Genre : Documentaire
Sortie en salle : 30 septembre 2026

Synopsis

Les blessures de l’enfance ne s’effacent pas, elles se réparent.
Muriel Salmona, psychiatre de renom et spécialiste des violences sexuelles, consacre sa vie à soigner celles et ceux que l’enfance a brisés.
Incarnée à l’écran par Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt et Isild Le Besco, elle accompagne des patients qui affrontent leur passé et ouvrent, pas à pas, le chemin de la réparation.

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Entretien avec Sylvie Meyer

Comment s’est passée votre rencontre avec la Docteure Muriel Salmona ? Qu’est-ce qui, dans cette rencontre, a déclenché l’envie d’en faire un film ?

Parmi les personnes rencontrées pour mon précédent film, Enfance volée, chronique d’un déni, celles qui semblaient aller le mieux avaient été soignées par Muriel Salmona. Je la filme. Ce qu’elle explique alors sur le long déni des violences sexuelles m’a paru d’une clarté saisissante : les troubles psychotraumatiques des victimes contribuent à rendre les violences invisibles. L’amnésie traumatique rend inaccessible ce qui a été subi ; la sidération peut être interprétée comme du consentement ; la dissociation donne l’impression que la victime va bien tandis que la « colonisation par l’agresseur » peut l’empêcher de l’accuser. Il y avait là le sujet d’un autre film : non plus seulement raconter le déni, mais comprendre les mécanismes qui le rendent possible.

Enfance volée mettait en lumière le long déni, mais s’arrêtait au seuil d’une question essentielle : que fait-on ensuite ? Comment vit-on avec ce qui a été subi ? La thérapie de Muriel Salmona m’a ouvert cette possibilité, d’autant que j’en ai moi-même suivi une avec elle. Le travail ressemble à une enquête : les symptômes des patients sont les conséquences des violences ; à partir d’eux, on cherche à reconstituer ce qui s’est passé et continue d’agir au présent.

Pourquoi avoir fait appel à des actrices pour interpréter Muriel Salmona dans les séances rejouées ? Comment les avez-vous dirigées ?

Je voulais composer chaque récit avec des moments de début, de milieu et de fin de thérapie. À partir du moment où les patients rejouaient leurs propres séances, nous n’étions plus dans le documentaire brut. Il m’a semblé juste de marquer ce déplacement vers la fiction en plaçant face à ces patients des actrices. Je les ai choisies non pour leur ressemblance physique avec Muriel, mais pour une forme de ressemblance morale. Et puis elles ont toutes trois expérimenté la violence dans leur vie et s’en sont sorties avec grâce et dignité. Je pouvais capter quelque chose de réel chez chacune d’elles dans ces séances de thérapie. Isild Le Besco est comme une grande sœur bienveillante. Sandrine Bonnaire possède cette réserve grave et ce regard humain. Marianne Denicourt est extraordinairement curieuse et habitée.

Le choix de plusieurs actrices correspond à une idée de transmission. D’une certaine manière, avec le film, Muriel Salmona passe déjà le relais.

Certaines personnes suivies rejouent leur propre thérapie. Comment ce travail de reconstitution s’est-il construit avec elles ?

Franck Demules, qui est un ami, apparaît dans mon précédent documentaire. Il allait mal et ne voulait plus entendre parler de thérapeutes. Je lui ai proposé de rencontrer Muriel Salmona et lui ai demandé s’il accepterait que leurs séances soient filmées. Il a accepté. Muriel Salmona aussi. Les séances ont été enregistrées pendant plusieurs mois, puis retravaillées avec le co-scénariste David Milhaud pour les élaguer.

En ce qui concerne Nina, une patiente mineure ne pouvant rejouer son propre rôle, elle est incarnée par une jeune actrice, l’Odette des Chatouilles. Le film commence donc avec deux actrices face à face : c’est un moyen pour moi d’entrer dans le sujet avec la distance qu’amène la fiction. Puis apparaissent face aux actrices les vrais patients ; enfin, Muriel Salmona entre dans le film face à une jeune fille déterminée à témoigner publiquement, et qu’elle rencontre pour la première fois devant notre caméra.

Vous avez choisi le roman-photo pour représenter l’enfance. Pourquoi cette forme ?

La mémoire vous joue des tours, surtout lorsque votre enfance a été traversée par la violence. Le choix du roman-photo, avec ses images figées et sa narration elliptique, traduit visuellement cette mémoire lacunaire, ces souvenirs qui émergent par fragments, où la violence a été occultée. En séance, la psychiatre rétablit ces faits occultés, comble les trous, aide à comprendre ce qui s’est produit, à rendre la responsabilité à l’agresseur et à reprendre possession de sa propre histoire.

En un mot, elle remet le monde à l’endroit.

Certaines images ont été générées par intelligence artificielle. Qu’est-ce que cet outil vous permettait ? Quelles limites vous êtes-vous imposées ?

L’IA a permis de recréer un passé d’une apparence troublante, à la frontière du réel. Un passé qui restitue le huis clos mental dans lequel est enfermé l’enfant « dissocié » victime de violences. La limite était de ne pas représenter la violence sexuelle. Cela aurait contredit le projet : le film ne cherche pas à montrer les violences, d’ailleurs souvent occultées par les patients, mais à expliquer leurs traces profondes dans l’existence.

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