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Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent.
Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux.
Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l’appétit.
Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l’envie de vivre sans peur.
Comment êtes-vous arrivée à l’œuvre de Michela Murgia et qu’est-ce qui vous a décidée à adapter Trois Adieux ?
Je suis arrivée à elle sur les conseils de Roberto Saviano, qui m’avait parlé de L’Accabadora, et j’ai été fascinée. Avec le temps, Michela Murgia est devenue une figure iconique de la culture italienne. Ce qui m’a le plus émue dans son écriture, c’est sa capacité à trouver de la beauté dans le quotidien et dans la vulnérabilité.
J’ai pourtant beaucoup hésité avant de commencer ce film. Un producteur italien, que je connais depuis des années, m’a proposé ce livre dont il venait d’acheter les droits, en me racontant surtout que l’autrice venait de disparaître. Il a insisté, j’ai fini par le lire et c’est vrai que c’est une autre histoire, un autre personnage. Ce qui ressemble à une histoire de rupture et de désamour est, en réalité, tout autre chose.
Trois Adieux est-il un appel à vivre ?
Oui, et sans attendre qu’un tremblement de terre vienne tout bouleverser. Le film parle de l’être humain et de notre difficulté à communiquer, de l’amour et de la mort, de la douleur et de notre obsession à vouloir l’effacer quand, en réalité, on ne peut pas l’éliminer, seulement apprendre à vivre avec. Nous vivons dans une société centrée sur le matériel, où l’immatériel semble n’avoir aucune valeur jusqu’à ce que la souffrance, la maladie ou la séparation déchirent le décor. Le film dit aussi que la vie est courte et qu’elle ne mérite pas d’être perdue en angoisses inutiles.
Marta se met à apprécier la vie autrement, à travers de toutes petites choses : s’asseoir pour boire un verre de vin avec une fille qu’elle connaît à peine, manger une glace. Elle garde une immense curiosité pour la vie et refuse d’être définie par sa souffrance.
Marta dit une phrase bouleversante : « Tu as encore le temps. »
Si je devais résumer le film en une phrase, ce serait celle-là. Elle n’est pas dans les textes de Murgia, mais pour moi c’est le cœur de l’histoire. Le temps n’est pas une idée abstraite et infinie, il est concret et fragile. Nous vivons comme s’il nous appartenait, comme s’il était inépuisable et il ne l’est pas. Mais tant qu’il est là, il est encore possible de faire ce que l’on veut vraiment, d’arrêter de faire ce que l’on ne veut pas, et de sortir de ces boucles absurdes dans lesquelles nous finissons tous, un jour ou l’autre, par nous retrouver piégés.
Comment avez-vous travaillé le personnage de Marta avec Alba Rohrwacher ?
Le choix d’Alba s’est imposé avant même l’écriture du scénario. Je lui ai dit : « Je veux croire que tu diras oui à ce film, même s’il n’y a pas encore de scénario. Si tu dis oui, certaines choses seront plus faciles à écrire. » Elle a dit oui.
C’est une actrice extraordinaire, au visage paradoxal : ancien, moderne, allemand, Renaissance italienne… D’une sensibilité extrême. Une actrice à qui, sur la scène de la glace par exemple, tu peux dire : « Dans cette scène, c’est la première glace de ta vie, mais aussi la dernière. Elle est bonne, mais peut-être que tu penses que c’est la dernière. Allez, action ! ». Et elle le fait.
Rome est presque un personnage du film, mais vous fuyez la carte postale.
Je ne voulais pas montrer le centre historique, déjà magistralement filmé par Rossellini, Fellini, Pasolini, et plus récemment Sorrentino. L’un des quartiers que nous montrons est le Pigneto, où Pasolini a tourné deux films. Ce qui m’a toujours plu à Rome, c’est qu’en marchant depuis le centre historique, on arrive dans des quartiers sans aucun touriste. Le monde-franchise est dévastateur : tout ressemble à tout, on voyage en quête d’authenticité pour retrouver les mêmes logos, les mêmes menus, les mêmes expériences formatées. Ma Rome est ailleurs : dans des quartiers comme le Pigneto ou Testaccio, dans des murs écaillés aux mille tons d’orange, dans les étourneaux, chez ce monsieur de 85 ans qui ouvre son bar de toujours et vous sert un cappuccino inimitable. Je voulais filmer la Rome qui se vit plus qu’elle ne se consomme.
Quelle place occupe la cuisine dans cette histoire ?
Comme disait Feuerbach : « nous sommes ce que nous mangeons ». Et Murgia a toujours su en faire une métaphore du soin, de l’amour et aussi de la résistance. Ici, elle fonctionne comme un fil invisible qui traverse tout et qui dit qui nous sommes : la manière dont nous cuisinons ou dont nous nous punissons, comme Marta avec ses biscuits au ketchup. Manger peut être une façon de prendre soin de soi, mais aussi de se faire du mal. L’un des moments qui m’émeuvent le plus est celui où elle mange une glace. Je crois au plaisir quotidien et au refus de se priver de ce qui nous fait du bien.











































































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