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Syrie, 2015. Cinq personnages – une médecin, un soldat, un passeur, un poète, un sauveteur – voient leurs destins se mêler dans un périple de tous les dangers sur le chemin vers la liberté.
Le Passage s’ouvre sur une citation de Shakespeare qui prend la défense des réfugiés. Pouvez-vous expliquer le choix de cette citation ?
Cette citation de Shakespeare est en fait le seul texte manuscrit de sa main qui nous soit parvenu. Elle est conservée au British Museum. Ce que je trouve frappant, c’est que cela montre que nous faisons face aujourd’hui aux mêmes enjeux qu’il y a 400 ou 500 ans. C’est un cycle qui ne s’est jamais interrompu. Pour moi, le film est aussi assez shakespearien dans la manière dont il se déploie.
Le film adopte une approche kaléidoscopique des crises humanitaires, presque comme un effet papillon. Pourquoi avoir choisi cette structure narrative pour raconter cette histoire – ou plutôt, ces histoires ?
C’est une très belle façon de le dire – un effet papillon. Cette idée qu’une action, même minime et située très loin, peut avoir des conséquences immenses ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent s’amplifier… c’est un principe auquel je crois profondément. Je le constate partout dans ma vie. Ces fils invisibles qui nous relient sont extrêmement puissants, mais aussi très fragiles. En construisant ce film et sa structure, cela m’a semblé évident, car je ressens cela profondément. Je crois qu’il y a bien plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous séparent.
Certaines séquences surpassent la plupart des thrillers en termes de suspense. Avez-vous eu du mal à élargir la portée du sujet sans en altérer l’authenticité ?
J’ai estimé que pour un sujet comme celui-ci, que je souhaite vraiment voir toucher un large public, je devais m’adapter à la façon dont notre attention est captée aujourd’hui. Je vois le film comme un drame avec des éléments de thriller qui vous tiennent en haleine. Je veux que ce film permette à un large public de s’approprier les émotions qui s’en dégagent et de les transposer dans leur propre vie.
Quand j’étais enfant, le cinéma a changé ma vie ; il m’a offert un espace de réflexion. C’est ce que j’ai cherché à faire avec ce film. Je ne vous dis pas quoi ressentir ni quoi faire, mais je vous présente simplement cette expérience. Une expérience vraie et authentique de ce que traversent ces personnes. Et en tant qu’êtres humains, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Je veux que les gens voient ce film parce que je veux qu’ils puissent aider.
Pensez-vous que le cinéma puisse avoir une influence sur les décisions politiques à grande échelle ?
Oui, je le crois. Je pense que nous avons besoin de beaucoup de films comme celui-ci pour changer le climat émotionnel général de la population. Le peuple est notre arme la plus puissante. Je suis reconnaissant pour tous ces films comme Moi, capitaine de Matteo Garrone ou Green Border de Agnieszka Holland – ils sont importants et magnifiques. Bien que souvent très difficiles à faire financer, il est essentiel que des cinéastes les réalisent.
Concernant le casting, un des grands noms du film est Omar Sy, qui livre ici une performance très éloignée de ses rôles habituels. Comment cette collaboration est-elle née ?
Eh bien, le scénario a été envoyé à son agent, puis à lui. Il a dit qu’il aimerait beaucoup me rencontrer. Il tournait en France à ce moment-là, et moi, j’étais en mission avec une organisation non gouvernementale à Lampedusa, pour observer la situation des réfugiés arrivant de Libye. Je lui ai proposé de repasser par Paris pour dîner avec lui.
Le courant est tout de suite passé. Nous avons partagé une très belle énergie – nos enfants avaient le même âge et nous avions un désir commun d’améliorer ce qui se passe dans le monde. Nous nous sommes vraiment liés autour de cela et sommes devenus très proches. Il a donc été le premier à s’engager sur le film. C’était un collaborateur formidable tout au long du projet, et il est aujourd’hui l’un de mes amis les plus proches.
Votre premier film en tant que réalisateur était Refugee. Vous avez travaillé avec des organisations humanitaires et observé ce qui se passe dans les camps de réfugiés en Turquie et en Grèce. Diriez-vous que le cinéma est une extension de ce travail humanitaire ?
Oui, absolument, c’en est devenu une extension. Je continuerai à m’engager dans l’humanitaire, quoi qu’il arrive dans ma carrière de cinéaste après ce film. Parce que cela enrichit ma vie, et je crois que je peux contribuer à trouver des solutions à certains problèmes. Je dois partir de cette conviction, sinon ce serait trop intimidant de s’y confronter.
Je sais que je peux raconter des histoires. J’ai rencontré un passeur pour comprendre comment et pourquoi ils font ce qu’ils font, quelle est la logique derrière tout ça. J’ai été avec des réfugiés, que ce soit au moment où ils montaient sur des embarcations ou de l’autre côté, pour les aider à en descendre… J’essaie de trouver des moyens d’aider. Et ce qui en ressort, c’est que je raconte leurs histoires. C’est simplement ce que mon cœur me dicte de faire, et je dois suivre cela pour rester fidèle à moi-même – aussi naïf que cela puisse paraître.





























































![LES ENFANTS ROUGES 120 UGC[1]](https://www.nourfilms.com/wp-content/plugins/essential-grid/public/assets/images/300x200transparent.png)































