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De 1948 à nos jours, trois générations d’une famille palestinienne portent les espoirs et les blessures d’un peuple. Une fresque où Histoire et intime se rencontrent.
Vous êtes née aux États-Unis, mais votre père est d’origine palestinienne. Dans quelle mesure l’histoire de votre famille a-t-elle été intégrée au film ?
L’histoire de mon père a été une grande source d’inspiration pour Ce qu’il reste de nous. J’ai intégré dans le film de nombreuses anecdotes et événements qui ont marqué mon enfance. Mon père a passé la majeure partie de sa vie en exil et, tout comme les protagonistes du film, il a finalement dû devenir citoyen d’un pays étranger pour pouvoir retourner dans son pays natal. Son attachement à son pays d’origine était toujours présent dans notre foyer.
Un personnage du film dit : « Nous ne perdons jamais espoir. » Quel rôle joue l’espoir dans votre travail de cinéaste ?
Je crois que c’est l’espoir qui nous maintient en vie, surtout dans des circonstances aussi horribles que celles que nous vivons actuellement. Mon personnage prononce cette phrase dans les années 70. À l’époque, il y avait beaucoup plus de raisons d’espérer. Quand je vois à quel point la situation en Palestine est devenue difficile aujourd’hui, à quel point la violence a augmenté et notre monde s’est polarisé, ces mots sont certainement plus difficiles à prononcer. Et par « nous », je ne parle pas seulement des Arabes et des Palestiniens, mais de chacun d’entre nous. Personnellement, je ne veux pas perdre espoir.
Qu’espérez-vous accomplir avec ce film auprès du public français ?
J’espère offrir au public une expérience émotionnelle. Car pendant longtemps, les Palestiniens ont été relégués au rang de chiffres. On ne met jamais de visages sur les victimes. Je pense qu’on nous a empêchés de saisir ce qu’éprouve véritablement la population palestinienne. Je voulais que ce film permette aux spectateurs de se mettre à la place du peuple palestinien, d’être en empathie avec tout ce qu’il a enduré pendant plus de 75 ans.
Pourquoi, selon vous, la Nakba ou toute autre tragédie qui a frappé les Palestiniens depuis 1948 n’avait-elle pas eu ce traitement au cinéma ?
Simplement parce que les Palestiniens n’existent pas dans le discours dominant. Celui-ci prétend que la reconnaissance du nettoyage ethnique, du génocide, de la dépossession, de l’occupation, de l’apartheid en Palestine, menace l’existence d’autrui. Il y a aussi une censure énorme. Des pans entiers ont été effacés des livres d’histoire. Nos voix sont totalement censurées. À quand remonte la dernière fois où vous avez vu un expert palestinien sur CNN ou sur l’une de ces chaînes d’information grand public ? Nous n’avons pas le droit d’exister.
Est-ce là l’importance particulière de votre film ?
Le plus important, c’est l’identification émotionnelle. Cela fait une énorme différence pour le public de se mettre à la place d’un Palestinien, de voir ce que les Palestiniens avaient en 1948 et de ce qui leur a été enlevé. Si l’on croit au mythe selon lequel la Palestine était une terre sans peuple pour un peuple sans terre, alors ils n’ont rien perdu. Il n’y a rien de plus puissant que de montrer la réalité de ce que les Palestiniens avaient et la façon dont ils en ont été dépossédés.
Et quelle est la signification de ce film pour le public palestinien ?
Il permet de nous voir représentés, de voir des moments de notre histoire qui n’avaient jamais été dépeints au cinéma auparavant, de célébrer ce que nous avions et de ressentir une catharsis dans le fait que le monde fasse l’expérience de cette vérité. Cela a été profondément émouvant pour les Palestiniens, mais aussi les Jordaniens, les Arabes libanais en général, de regarder ce film, de se reconnaître dans ce que vivent les personnages. Tant de nos pays ont été divisés, conquis, colonisés et dévastés par l’Occident. Je pense que le film pose la question : que faisons-nous de notre colère, de notre traumatisme ? Existe-t-il un moyen de canaliser cette rage ? C’est une question difficile, mais je crois qu’elle est importante.



























































































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