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NUREMBERG nous plonge au cœur du procès historique intenté par les Alliés après la chute du régime nazi en 1945. Le psychiatre américain Douglas Kelley est chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis afin de déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour leurs crimes de guerre. Mais face à Hermann Göring, bras droit d’Hitler et manipulateur hors pair, Kelley se retrouve pris dans une bataille psychologique aussi fascinante que terrifiante.
Comment vous est venue l’idée de faire un film sur le procès de Nuremberg ?
En 2012, je suis tombé sur un article intitulé « Le nazi et le psychiatre » que Jack El-Hai venait de publier. Il souhaitait obtenir un contrat d’édition pour l’écrire sous forme de livre (publié en France en 2015 aux éditions Les Arènes). J’ai trouvé que c’était une histoire formidable et un excellent point de départ pour un film. J’étais très intéressé par ces deux personnages qui se retrouvent face à face.
Avez-vous commencé à travailler sur le scénario dès 2012 ?
Oui. Jack avait commencé à écrire le livre et, de mon côté, j’ai commencé à faire des recherches, car je voulais non seulement adapter son ouvrage, mais aussi comprendre l’époque et l’histoire des procès.
Je savais que l’histoire que je voulais raconter portait sur ces deux hommes, Hermann Göring et Douglas Kelley. Mais au fur et à mesure de mes recherches et de mes lectures sur le procureur Robert Jackson, et sur tout le travail accompli pour convaincre les gens d’organiser le procès, j’ai compris que mon film devait raconter à la fois la cellule de prison et la salle d’audience. Trouver la structure de ce récit a été le plus grand défi.
Vous avez réussi à réunir un casting de premier ordre avec deux acteurs renommés.
Russell Crowe a été le premier à être engagé. Je voulais quelqu’un dans ce rôle qui soit vraiment magnétique, qui puisse vous attirer, vous séduire. On décrivait Göring comme incroyablement séducteur et charismatique, donc je savais qu’il fallait quelqu’un avec ces qualités.
Quand nous avons commencé à chercher un acteur pour interpréter Douglas Kelley, j’ai pensé à Rami Malek, dont j’ai toujours été fan. J’aime le fait que son énergie, qui a quelque chose d’électrique, soit très différente de celle de Russell.
Je pensais que Kelley constituait une porte d’entrée fascinante dans cette histoire en raison de ce qui lui est arrivé et des conclusions auxquelles il est parvenu. Nous avons beaucoup échangé sur d’autres films de cette époque, mais aussi sur Le Silence des agneaux [1991] et l’idée de confrontations dans une cellule entre deux personnages qui explorent la nature du mal.
Dans le film, vous insérez un long extrait du documentaire Nazi Concentration Camps présenté par l’accusation américaine le 29 novembre 1945.
Oui, cet extrait dure environ six minutes. Comme vous le savez, le film projeté à l’époque durait presque une heure. Nous n’en montrons qu’une petite partie. Mais j’étais catégorique dès le début : ces images devaient faire partie du film. Je les ai incluses dès l’écriture du scénario, en indiquant précisément les plans que nous allions utiliser.
C’était, je crois, un moment de l’histoire où le cinéma était pour la première fois utilisé comme un élément de preuve permettant de faire condamner des criminels, donc il était essentiel de montrer cela. Lorsque j’ai terminé le casting, j’ai dit aux acteurs : « Faites-moi une faveur : n’allez pas regarder ces images. » Je voulais qu’ils les découvrent le jour du tournage.
Le film avait en effet été présenté comme preuve, précédé de déclarations sous serment pour confirmer son authenticité. Pensez-vous que Kelley ignorait ce qui s’était passé dans les camps ? Et selon vous, a-t-il finalement compris que Göring avait joué un rôle central dans la « solution finale » ?
Je pense que Kelley est tout à fait arrivé à cette conclusion. Ce n’est pas qu’il ne savait pas ce qui s’était passé ou n’en avait pas entendu parler, mais être confronté à la réalité de ce que montre ce film est imparable. On ne peut plus ignorer après cela. Même si certains essaient, on ne peut pas effacer ces images de sa mémoire.
Kelley commence son parcours en essayant de comprendre ce qui distingue les nazis de nous. C’est quelque chose que nous faisons souvent en tant qu’êtres humains. Si nous ne sommes pas d’accord avec quelqu’un, nous le traitons de monstre, nous avons tendance à le déshumaniser. Je pense qu’il est bien plus effrayant de contempler l’idée que des personnes capables de crimes comme ceux de Göring sont très humaines et, à bien des égards, très semblables à nous. Une partie du parcours de Kelley repose sur cette prise de conscience, qui n’a été adoptée ni par ses collègues ni par le reste du monde. C’est vraiment ce qui m’a attiré dans l’histoire de Kelley. Les conclusions auxquelles il parvient étaient pertinentes il y a treize ans, elles le sont aujourd’hui, et je pense qu’elles le seront encore demain.
Entretien tiré de Cineaste Magazine (vol. LI, Nr. 1, Winter 2025).























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